Confier



Je vais vous confier quelque chose. 

Dans la vie c'est toujours ainsi : il y a la bonne et la mauvaise présentation, la tenue impeccable et le laisser aller.
Il y a la marque de fabrique, une fossette, un tic, un hasardeux épi rebelle et puis un mot, une expression qui nous désignerait et dont il est impossible de se défaire totalement.

Un mot qui est notre marque.

Pour moi ce mot c'est Absence...


Toc, toc, toc, y 'a t-il quelqu'un ?
Bonjour !


Je une suis une collectionneuse taxinomiste particulièrement bordélique...
je manie le champ sémantique
l'italique
l'hésitation
sans ponctuation
j'effleure la rime
je poursuis la fabuleuse histoires des mots mêlés et des méli-mélo de mon cerveau
Quand je respire, je lance, je balance, je tangue...


air
vent
souffle
mistral


et toute mon enfance jaillit sur quelques pages
l'air marin au petit matin quand j'ouvrais les volets
le vent qui emmêlait ma tignasse
le souffle des vagues
et le mistral violent qui me poussait à bout jusqu'à me faire tomber sur les rochers gris de la Corniche.
Me poussait à bout ... à prononcer avec la liaison qui s'impose ; je n'en manque aucune ; mon accent les articule avec une infinie précaution.
Me poussait tabou avec ou sans retenue ; je me retiens de dire et faire ce qui me semble maux
les mots dépoussiérés formant poèmes et chants, lancés dans le désert de la désespérance
rance
errance
rançon de l'interminable digestion des consciences
digression
discernement
digestion


dis moi si tu gères, si tu erres, dis moi simplement si tu reviendras...
Le temps passe ... et je dois me nourrir pour vivre ; je dois mastiquer, engloutir, croquer, me restaurer, tout simplement.
Tenez, quand je mange, je pense ...


digérer
mâcher
broyer
goûter
avaler
digérer encore toujours sans fin...


Je poursuis le verbe premier en mâchouillant quelques sonorités qui s'égarent au fond du gosier affamé
mais ne vous méprenez pas
l'inconsistance de mes pensées que je traduis par des phrases, des textes, des allitérations, des gargarismes, des bribes de sens et des nouvelles, cette inconsistance là est gourmande, avide, boulimique, désespérément vivante et bouillante
elle est enrobée de tout ce qui est beau, drôle


lavande
pâquerettes
neige
lune
étoiles
et toi...


la douceur des draps et des galets de la rivière qui nous berçait
J'ai le besoin impérieux de chanter ton absence.
J'ai sommeil et quand je dors je rêve encore de ça.


Tu me manques...


accident
injustice
brûlure
cercueil
deuil
silence
effroi


Je crois que c'est la seule chose que je voudrais conter et qui me retient là sur le bord de la page de mon petit carnet


douleur
crainte
manque
froid
vide


Je suis accroupie et narre ton éternelle absence...
Je sens que les mots coulent comme le ferait le filet d'eau d'une fontaine de montagne.
Tu te souviens quand on s' y abreuvait ?
Les mots coulent sans que l'on s'en rende compte,
naturellement


Parfois, je ne vous le cache pas, cela me fait sourire de ne jamais être en peine pour écrire n'importe quoi !


Mais au fond de moi, oui, c'est cela, je sais que tu me manques... et que je vis de ça ...


Je vide ça ce matin sur la page d'un Ailleurs qui me tend les mains, qui me fait une révérence... et le vertige m'emporte dans une danse de mots, comme le souffle du vent cogne et tape l'absent vide de nos espoirs ...

Annick SB


Avez-vous cliqué sur les mots colorés dans le texte ?

2 commentaires:

  1. Comme j' aime tes mots qui coulent ...
    J' ai bu sans retenue à la fontaine tes " m'eaux potables " comme autrefois , sans peur de rien ... dans le creux de mes mains :-)

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