Le linge souillé...





                                                                                                    Georges Grosz 



Je crois que le linge attendait lui aussi sa venue.

Je ne sais pas s’il souhaitait sécher plus vite, s’évaporer, ternir, mais il attendait c’est certain.
C’est ainsi que je l’aperçus à travers le rideau de la fenêtre.
Lorsque, curieuse, je sortis ce matin là, je voulus dialoguer avec lui. Je désirais comprendre.
Il était hors de question que je l’ôte du fil tendu.
Il gisait donc, accroché avec des pinces, et semblait sans vie. Sa respiration avait été coupée. Le tissu rougeâtre collait à sa peau.
Il me sembla alors entendre le murmure du vent glisser dans le fossé…
Gémissements,
Chuchotis,
Bruissements qui préparaient le labyrinthique envol des feuilles, des plis, des lettres, des pensées, des soucis, des craintes, de la douleur peut-être.
Je crois que l’homme caché dans le linge attendait lui aussi sa venue, hagard.
Je ne sais pas si il souhaitait s’enfouir, disparaître, s’envoler, mais il attendait c’est certain, collé au linge souillé.
Lorsque ce matin là, je m’approchais de lui, lui le prisonnier serré par des pinces, lui le blessé attaché encore à un fil de vie, respiration haletante, rictus inquiétant, regard suppliant, je ne sus rien faire d’autre qu’une longue incantation à l’esprit de la tempête, en m’agenouillant sur le chemin de pierres, pour que tout s’agite, tout s’envole, tout disparaisse enfin et que le tumulte de la souffrance devienne sa libération.



Annick SB    mars 2013

Consigne / atelier d'écriture bibliothèque de Chenôve animé par Bernard Bacherot. 
Utiliser les mots suivants : linge, labyrinthique, lorsque, incantation, vie, respiration, tempête.